Buenos Aires ou le paradis des français nostalgiques

Dès mon premier jour à Buenos Aires (Buenos pour les intimes), j’ai eu l’impression d’être à Paris.

Les bâtiments haussmanniens, les gens fumant une clope sur un trottoir en bas du leur bureau, le métro, les papis lisant le journal dans les boulangeries, les terrasses… Bref quand on est français à Buenos, il faut vraiment faire preuve de mauvaise foi pour ne pas se sentir chez soi. L’idée c’est qu’on retrouve ici de nombreuses choses qui se sont perdues ou se perdent peu à peu en France. Ça fait un mois que je suis ici et j’ai découvert plusieurs facettes de Buenos. Et l’aventure ne fait que commencer. En bonne française, j’ai décidé de commencer par râler. Buenos Aires, c’est le français dans ses mauvais côtés : un sens de la hiérarchie très fort, surtout pour la génération qui a connu la dictature d’après ce qu’on m’a dit (certains se cachent juste derrière cette notion bien pratique). Les argentines qui te regardent de haut en bas dans la rue et les transports, ça ne m’avait pas manqué à Miami où les gens sont habitués à de la diversité et de l’excentricité ! J’ai tenté de faire une typologie des Français de Buenos Aires même si je ne pense pas encore les avoir tous rencontrés :

  • Le Buenos du français nostalgique : vous voyez le Paris du film de Woody Allen Midnight in Paris ? Les réverbères, les rues pavées, les kiosques à journaux vert sapin, les petits commerces de proximité – les marchés, les primeurs, merceries, quincailleries, boucheries… Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…moi non plus d’ailleurs. Je ferais un parallèle entre Palermo/un mix de Bastille, du Quartier Latin et de Saint-Germain-des-Près, Belgrano/Montreuil, Las Canitas/Vincennes, Recoleta et le teatro Colon et le quartier d’Opéra. Parfois je m’attends à croiser une Edith ou un Jacques Brel et à entendre le son un accordéon. Buenos c’est la France des Francs, celle d’avant la mondialisation. Celle où on pouvait acheter des bonbons avec des pièces, ici on achète des alfajores, et on a des billets de deux pesos, qui ne valent rien. On retrouve des marques françaises disparues comme Pierre Cardin ou Christian Lacroix. Je me dis que Buenos ce serait un peu aussi le Buenos de Marine, celle d’avant l’euro, mais aussi celle où en fait, il y a peu d’étrangers, et peu de gens de couleurs si je puis me permettre. Heureusement, il y a le Barrio Chino / Chinatown pour le quota diversité !
  • Le Buenos du français engagé : des mouvements sociaux, des grêves, les vrais, pas les conneries de service minimum. Première grève, Buenos paralysée. Pas un chat. Sauf ceux qui défilent sous les étendards des syndicats, sur les rues pavées proches de la casa rosada (oui parce qu’ici la Maison Blanche est rose). A chaque manif’ on a l’impression que c’est la révolution. Personnellement ça me fait plaisir, de voir des gens réagir, s’insurger et se mobiliser. Rien n’est jamais acquis et il faut se battre. Aux armes citoyens…
  • Le Buenos du français cultivé et épicurien qui a lu quelque part, qu’apparemment la capitale argentine avait la plus forte concentration au monde de théâtres et de librairies (ça change de Miami!). Quand on voit qu’on ferme toutes nos librairies de quartier en France…Ce français là va adorer. Il va aussi adorer retrouver un certain art de vivre, prendre le temps de déjeuner, de prendre un café avec des amis (la merienda, le goûter), de boire du bon vin et de manger de bonnes choses. On surprendra parfois ce français à passer la douane avec toutes sortes de denrées du terroir introuvables en Argentine (type fromages, foie gras, saucissons en tous genres). Le français épicurien les partagera ensuite avec ses amis avec fierté et générosité. S’il est entrepreneur il en fera même un commerce ! La classe !
  • Le Buenos de la française romantique: et oui ici la galanterie existe encore. En France on suit les principes de l’égalité des sexes quand ça nous arrange, j’ai déjà entendu dire que la galanterie était basé sur de la discrimination à l’encontre du sexe faible. Et une partie de notre romantisme légendaire meurt peu à peu. Pas plus tard qu’aujourd’hui, deux collègues argentines me disaient qu’elles avaient été étonnées du manque de galanterie des français (et plus précisément des parisiens, forcément). En plus d’être beaux, il parait que les argentins peuvent être un peu fleur bleue. J’attends de voir par moi-même! Des candidats?
  • Le Buenos du français globe-trotter : celui qui a déjà parcouru des kilomètres et des kilomètres dans toutes les montagnes du continent, en mode backpack/autostop et qui du coup s’ennuie s’il reste trop longtemps France. Franchement j’admire, mon maquillage ne tiendrait même pas dans un backpack. Ce français là arrive en PVT, en mode cool, en mode j’aurais largement le temps de bosser plus tard, en attendant allons voir un peu ce qui se passe partout dans le monde. Il arrive d’Australie et prévoit déjà son prochain voyage au Pérou. Il a fait un échange en Colombie puis un stage au Mexique après un Erasmus en Slovénie…ce français là est un citoyen du monde, libre de ses mouvements qui va pouvoir explorer tous les paysages argentins, de Salta à Iguazu en passant par la Patagonie, juste pour voir jusqu’où va ce joli continent…au bout du monde.
  • Le Buenos du français contradictoire qui aime être l’exception qui confirme la règle: celui qui pensera fort à couper la file d’attente mais qui prendra son ticket à la banque, à la pharmacie, et fera la queue une fois, deux, puis trois. Et oui, surprise le français se découvrir ici patient et respectueux. Il redécouvrira la joie des tickets en forme de V bizarre que je n’avais pas vus depuis la boucherie du Franprix à la fin des années 90′. D’ailleurs les argentins forment des files d’attente partout : le long des trottoirs aux arrêts de bus, sur la plateforme en attendant que le train arrive, dans les pharmacies, les magasins, les banques…es una locura ! Autre point intéressant, en Argentine, 40% de la population n’est pas déclarée…je répète…n’est PAS déclarée…l’idée c’est que les argentins ne font pas confiance à leur gouvernement, au système d’impôts. De la même façon ce français sera heureux de pouvoir changer ses euros au taux blue – au marché noir quoi. Pas illégal, juste pas officiel. Contourner les règles pour gagner plus, ça le français aime bien. Car plus que d’euros, les argentins sont à la recherche de dollars pour épargner dans une monnaie plus stable que la leur (le pesos argentin – entre 35 et 40% d’inflation chaque année depuis au moins deux ans, j’ai cherché des chiffres plus précis mais ça a l’air compliqué depuis la crise de 2002) . Tout cela en ne portant aucune affection particulière aux américains, les yankees (pardon les shanqui).
  • Le Buenos du français prétentieux : mais non pas prétentieux, disons plutôt du français qui est content d’être français. Le graal ici c’est la Tour Eiffel. Pour choper c’est plus facile (excusez ma vulgarité). Le français à l’étranger accède plus facilement au monde de l’art ou de la diplomatie par exemple. Quand tu dis que tu es français ici, tout de suite, tu es bien vu. Les portes s’ouvrent et tu accèdes à l’élite, au luxe…Il y a plein de magasins, restaurants, entreprises ou produits qui ont des noms français, et sont fiers de les laisser en français, ça fait classe quoi. La France attire les Argentins comme un aimant, quand on le prend pour soi ça fait plaisir. Bref ici c’est pratique d’être français.
  • Le Buenos du français déçu : le Buenos de celles et ceux qui en ont eu marre de la pression sociale, du jugement constant des Français de France, ici les gens sont plus civilisés, plus polis, plus bienveillants dans leur façon de poser des questions, plus dans la curiosité que dans le jugement. Tu comprends ? Ici ils sont plus « buena onda ». Ce français là a souvent fait des études, souvent longues, fait des stages, des séjours à l’international, sans pour autant trouver de travail…génération précaire. J’ai eu mon bac en 2006 et je ne suis toujours pas en CDI. Bref l’Argentine, malgré son contexte économique disons « particulier », propose un peu plus d’opportunités professionnelles aux français débrouillards. En fait, ce français-là trouver de plus belles perspectives d’avenir au pays du maté (oui c’est cliché – et encore, je n’ai pas encore parlé de tango!).

Au final, moi, je suis un peu arrivée là par hasard, par chance, mais je dois dire que depuis que je suis là, je suis hyper inspirée, je n’arrête pas d’écrire, de m’émerveiller, de rencontrer des gens super intéressants et ouverts d’esprit. J’ai hâte de découvrir d’autres facettes de cette ville pour le moins surprenante et des les partager avec vous (Bastien, t’avais raison, j’aurais du écrire la fin avant le début).

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