Dimanche 12 12 2021, Paris 20ème

J’étais invitée chez Khadija pour le premier Secret Santa de la saison. Sauf que la veille avec Max, on est sortis et on a dansé comme des petits fous, en pull de Noël, devant la télé en commentant l’élection de Miss France – le programme idéal. En tant dignes enfants de la mondialisation nous avons joyeusement mélangé l’héritage gastronomique de nos hôtes – vins blanc et rouge, prosecco italien, gin anglais et rhum vénézuelien – tout en chantant du Céline, du Britney et en soutenant la Miss Poitou-Charentes.

Gabriela nous avait fait un plat typique des fêtes de fin d’année, un délicieux feuilleté sucré-salé à la viande, aux olives et aux raisins secs. Tellement bon qu’il n’en restait plus, lorsque je suis arrivée à 21h – en retard comme à mon habitude, mais tout de même à l’heure pour les Miss. Bref, en ce dimanche matin hivernal, j’avais le cerveau lent que j’ai agrémenté d’un torticolis, une fois n’est pas coutume. Une condition physique non optimale à une semaine de notre déménagement, ou plutôt de notre emménagement.

Max et moi ne nous quittions plus depuis notre rencontre orchestrée par le destin (et les algorithmes d’Instagram). Un tour d’Asie en backpack et 5 sous-locations plus tard, nous étions enfin prêts à emménager dans un trois-pièces non-meublé (énorme engagement pour des digital nomads), à deux rues très précisément, du meublé qui nous avait sauvé l’an passé, entre le premier et le deuxième confinement. Notre premier confinement s’était déroulé dans un studio, une seule pièce sans aucune séparation sonore ou visuelle pendant ces longues semaines d’angoisse et d’impuissance collective. Pour le deuxième confinement, nous avions trouvé un deux-pièces avec une vraie porte à fermer entre les pièces, et là nous arrivions dans le luxe : un trois-pièces proche de la place de la Nation, les parisiens comprendront. En 2020, on comptait en confinements et en vagues de virus (lorsque j’ai écrit ces lignes, nous en étions à la 4ème vague, à l’heure où je les relis nous avons arrêté de compter). Ah, l’amour au temps du confinement !

Bref, en ce dimanche matin d’hiver, je me suis réveillée avec les cervicales gauches broyées et froides dans ce joli appartement froid, si mal isolé, humide en hiver malgré les grille-pain qui nous servaient de radiateur. Sans doute le prix à payer pour avoir passé une soirée entière à critiquer les Miss de toutes les régions de France et des territoires d’outremer (toujours pas compris ce concept d’ailleurs). J’ai donc mis mille ans à me préparer, à me sécher les cheveux et à changer 3 fois de tenu. Je me suis soigneusement tartinée de paillettes – parce qu’un brunch de Noël sans paillettes, c’est pas un brunch de Noël !

CityMapper me promettait 1h12 de trajet froid en bus pour rejoindre Le Raincy – le 16ème du 9-3 à ce qu’il parait, et ça tout le monde ne le sait pas. Après avoir pris les commandes exactes de mes amies pour le brunch – 2 pains au Nutella et un croissant aux amandes sans alcool (il semblerait selon les informations de Khadija que certains boulangers en mettent dans la crême patissière) – j’ai du me rendre à l’évidence : toutes les boulangeries de la place de la Nation avaient gardé le rideau de fer baissé, après les échauffourées des manifestations de la veille des Gilets Jaune alliés aux AntiVax – une espèce malheureusement pas en voix d’extinction, et non représentative de mes fréquentations pourtant diverses! Du coup, j’ai tenté le diable = le Monoprix de la rue de Charonne, un dimanche à midi soit une heure avant la fermeture. J’ai attrapé une jolie brioche étoilée (100% pur beurre de nos régions) et j’ai lancé la recherche de taxi.

Un chauffeur qui décline la course, puis deux, puis trois et un quatrième qui arrive dans 7 minutes, puis 9 minutes, puis 7 à nouveau, puis 0. Je tente les numéros pairs, puis les numéros impairs de la rue pour essayer de gagner du temps de trajet. En vain. Le torticolis continue de me pincer le cou. Quelle galère ! Je maudis mon énorme brioche étoilée et la rose de Noël que je trimballe en écumant les applis. Enfin – lueur d’espoir – une voiture arrive vers moi. En 2 minutes je me réfugie à l’intérieur de la Ford Mondeo noire d’Alexandre-Emmanuelle, mon chauffeur-sauveur.

J’adore discuter avec les chauffeurs de taxis. Quand ces services se sont lancés, j’habitais à Miami, une ville où les transports en commun sont un cauchemar pour une banlieusarde parisienne comme moi. L’arrivée d’Uber (Hubert pour les intimes) a été un soulagement, et un vrai luxe. Cela m’a également conduite à découvrir les chemins de vie d’immigrés haïtiens et cubains. Ce dimanche à la Nation, c’est le chemin d’Alexandre-Emmanuelle que j’ai croisé.

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